Le Paradis des Louves
Meurtrière depuis peu, mais passionnée depuis toujours, ma flute de champagne est éternellement prête à fêter la fin d’un emmerdeur.
Telle est la sentence permanente de la dangereuse W. Cette jeune fille, qui nous plongedepuis son enfance dans son inquiétant quotidien, supporte difficilement les autres êtres humains. Au fil des multiples rencontres et déménagements, elle va tenter de trouver sa place dans un monde qu’elle juge trop imparfait. Y arrivera-t-elle? Qui saura sauver son âme damnée? Ce récit est aussi un complément d’enquête sur l’un des personnages principaux de Aile Ouest. Il apporte un éclairage différent à cette intrigue palpitante.
Extrait du prologue.
Je suis seule dans cette cellule qui n’est ni froide, ni grise. Les bruits de fond sont atténués par la grosse porte orange. C’est peut-être même des cris au loin. Ça pourrait tout aussi bien être un chant d’oiseau.
C’est une chambre d’hôtel sans étoile. Avec serrure. Propre et nue. Il n’y a pas d’odeur autour de moi, ni bonne, ni mauvaise. Un néant olfactif comme si je n’existais déjà plus. Un autre monde de fantômes.
On ne m’a attribué aucune compagne. C’est bien ainsi. Je suis déjà détestée par toutes les autres prisonnières qui n’admettent pas cette injustice. Mais je ne risque rien, on me veut vivante, encore quelque temps du moins. On ne me donne pas mon courrier. Même si je suis sûre que je suscite suffisamment de curiosité pour en avoir eu pas mal. Je ne sais pas s’ils ont le droit de faire ça. De toute manière plus personne ne m’intéresse.
Pas de contact. Je fais ma promenade journalière en solitaire. La gardienne qui m’est assignée ne m’accompagne pas dans la cour. Elle reste dans le couloir, derrière la porte, et regarde rarement par la lucarne ronde si je tourne encore en carré ou si j’ai décidé de faire des huit. Si je shoote dans les cacas de pigeons.
Je la trouve hideuse et bêtement méchante. Aucune distinction. Ces gros cheveux noirs et gras sont attachés avec un vieux morceau de ficelle. Son visage est fondu. Vu d’en haut, on dirait que c’est elle, la prisonnière. Elle sent la crasse et la solitude. Elle m’évite, comme si je renfermais un virus contagieux et mortel. Elle a raison, mortel sans doute. J’attends mon procès. Demain j’aurai ma tribune. Je vais leur expliquer ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre.